Il existe un lieu enchanté à l’est du Cambodge, à l’extrême nord-est, à la frontière avec le Vietnam et le Laos, où la nature règne en maître : c’est la province de Ratanakiri.

On voyageait seule au Cambodge depuis quelques semaines, enchantée par la beauté de ce pays, mais aussi étourdie par les foules de touristes dans la partie occidentale. À la recherche d’un peu de paix et intrigué par les lectures sur cette province pas si populaire, on a décidé de se rendre à Banlung.

C’est un endroit incroyable, rempli de chutes d’eau, de lacs volcaniques et de forêts vierges

Cependant, le tourisme de masse n’a pas pu aller aussi loin en raison d’infrastructures désastreuses. Vous réalisez que vous êtes entré dans Ratanakiri lorsque la visibilité depuis le minibus commence à diminuer et que vous vous retrouvez immergé dans une tempête de sable rouge. La province est en effet connue pour ses terres rouges, appelées ainsi par les anciens colons français, qui rendent chaque déplacement extrêmement compliqué. C’est pourquoi les transports s’effectuent souvent le long des voies navigables, dont la province regorge : les rivières et les lacs, parmi lesquels il convient de mentionner le magnifique lac Boeng Yeak Lom, un cercle parfait à l’intérieur d’un cratère, sont les véritables protagonistes de ce lieu enchanté.

Lorsque vous planifiez votre itinéraire, n’oubliez pas que la distance entre Angkor Wat et Banlung est d’environ 800 kilomètres, dont la plupart sur des routes dans un état désastreux. Il est donc peu probable que vous atteigniez la province de Ratanakiri en moins de deux jours. Un arrêt est également indispensable pour se dégourdir les jambes, si l’on ne veut pas arriver à destination complètement détruit : dans les deux cas, de Phnom Penh à Kratie et de Kratie à Banlung, elle a partagé le siège du minibus local avec une autre personne, sans possibilité de reposer le dos pendant de longues heures interminables.

La partie sauvage du Cambodge

Dans cette partie sauvage du Cambodge ne réside que 1% de la population, formée principalement de tribus animistes, avec des sorciers et des chefs de clan. Des totems de différentes sortes sont encore contemplés, régnant dans les villages et austères, gardant les tombes des cimetières tribaux. La province compte de nombreux groupes ethniques : les Brau, les Jarai, les Kreung et les Tompoun ; tous sont identifiés sous le seul groupe des Khmer Leu (Khmer des montagnes), malgré les différences de langue, de coutumes et d’habitudes.

On a passé la plupart du temps avec une communauté jarai. Le village traditionnel comporte une grande clairière centrale, où se déroule la vie communautaire, entourée de huttes construites sur pilotis pour éviter les inondations pendant la saison des pluies. Dans le village, il y a toujours au moins un totem qui veille sur la population. Il n’y a pas de propriété privée et les seules autorités considérées comme telles sont le chef du village, le chaman et le conseil des anciens.

Une fois à Banlung, surtout si vous voyagez seul, il est idéal de trouver un guide local qui connaît la tradition de ces tribus. On a eu beaucoup de chance et grâce à son guide qui connaissait le dialecte jarai, on a pu avoir des contacts avec le village et connaître un peu de son histoire.

Il faut reconnaître que les tribus de Ratanakiri sont assez réticentes au tourisme et n’apprécient pas les visites indiscrètes des étrangers. Vous pouvez entrer dans leurs villages, mais vous devez vous approcher sur la pointe des pieds, sans faire de bruit ni vous faire remarquer : ce n’est qu’ainsi que vous aurez l’occasion de scruter un peu « leur vie, digne d’un roman fantastique ». La partie la plus intéressante a été la visite du cimetière tribal. On est partis du village et avons pris un petit bateau pour descendre une petite rivière, puis monter une colline à travers une nature intacte jusqu’au cimetière. Les tombes étaient accompagnées de symboles animistes et de totems en mémoire du défunt. Le silence régnait et on était seuls, immergés dans la paix totale de ce lieu évocateur, parfois effrayant, inchangé depuis des siècles. On y a réalisé la préciosité des traditions de ces peuples, qui risquent de disparaître.

La richesse du sol

Des entreprises chinoises et vietnamiennes, attirées par la richesse du sol, connu pour la production de noix de cajou et de caoutchouc, et du sous-sol, riche en saphirs de grande qualité, rasent des hectares de forêt pour construire des routes afin de rendre le commerce de ces produits plus accessible, détruisant ainsi non seulement la nature précieuse et intacte du lieu, mais aussi les villages millénaires des tribus locales qui vivent au milieu de cette nature. Les tribus sont repoussées dans des zones de plus en plus circonscrites et seront un jour contraintes de quitter la province, perdant ainsi leur caractère unique, afin de s’homogénéiser avec le reste de la population. Leurs coutumes, légendes et souvenirs disparaîtront à jamais avec leurs villages.

Voyager à Ratanakiri doit donc se faire avec respect et gratitude car vous êtes peut-être parmi les derniers témoins chanceux d’une tradition aussi ancienne que fascinante.